Références

La photographie de reportage

La photographie de reportage est un type de photographie documentaire visant à créer un dossier visuel décrivant un sujet en particulier. En général ce sont les professionnels de la photo qui réalisent les reportages photographiques. Nous allons voir quels sont les types de sujets étant le plus souvent mis en lumière par le reportage photo, quel est son but et comment composer cet exercice pour créer une histoire intéressante.

L’essence du reportage : Au-delà de l’esthétique Faire du reportage, c’est passer du statut de « photographe » à celui de « conteur ». Contrairement au portrait de studio où l’on contrôle tout, le reportage impose de composer avec l’imprévu. La valeur ajoutée d’une série documentaire réside dans sa capacité à répondre aux questions : Qui ? Quoi ? Où ? Pourquoi ? Chaque photo doit être une pièce de puzzle qui, une fois assemblée aux autres, offre une vision complète et immersive du sujet.

Types de reportages en photographie et paramètres importants

Une thématique, mille sujets : du mariage au photojournalisme

Globalement, tous les sujets peuvent faire l’objet d’une couverture photo dans un reportage. En effet, le reportage consiste en la réalisation d’une série de clichés documentaire en suivant des thématiques et une liaison chronologique propre au sujet décrit. Ainsi, le sujet peut être un mariage, un événement (meeting, manifestation), un récit d’entreprise utile pour sa propre communication, une démarche artistique ou être liée au photojournalisme dans le but de délivrer de l’information. Ainsi les photographes de reportage sont souvent des professionnels ou des photographes avec une démarche artistique et ayant un but en particulier. Nous verrons qu’un reportage photo doit se préparer. Un photographe amateur peut également réaliser des reportages mais le fait en général sans autant de préparation.

L’art de l’anticipation : préparer ses angles et ses lieux

Le but étant d’intéresser le public à un sujet particulier, il s’agit de choisir les moments les plus importants lors de la prise de vue. Cela permet de créer un reportage intéressant et cohérent. La gestion de son temps et la qualité des photos sont donc des points clés. Identifier les lieux du reportage est également très important lorsque cela est possible. Cela permet d’anticiper le choix des angles de prise de vue, de composer une image selon un plan et de pouvoir suivre le fil préétabli de son reportage.

Succession d’images s’apparentant à un récit documentaire, le reportage d’information ou de guerre doit décrire des faits en montrant les situations telles qu’elles se déroulent. Le photographe doit donc être alerte et connaître son matériel pour tirer les meilleures images. Bien que le mariage ou la communication d’entreprise représente des buts différents, la même instantanéité doit être capturée par le photographe. Ces images représentent les moments vécus lors de ces événements particuliers et constituent des souvenirs de vie d’une famille ou l’image d’une entreprise. Une formation photographique adaptée vous aidera à mettre toutes les chances de votre côté pour maîtriser les subtilités de ce type de prise de vue.

La check-list narrative : Les 5 plans pour une histoire complète

Pour éviter la monotonie et donner du rythme à votre article de blog ou votre album, forcez-vous à varier vos cadres selon cette structure éprouvée par les plus grandes agences (comme Magnum) :

  • Le plan de situation (wide shot) : Utilisez un grand-angle. Il sert à planter le décor, montrer l’immensité d’une foule ou l’architecture d’une usine. Sans lui, le spectateur est perdu.
  • Le plan moyen (medium shot) : C’est le plan de l’action. On y voit le sujet en interaction avec son environnement.
  • Le portrait serré (Close-up) : Indispensable pour l’empathie. Une ride, un regard fatigué ou un sourire complice en disent plus qu’un long discours.
  • Le détail symbolique : La main d’un artisan, un outil usé, une alliance. Ces photos apportent de la poésie et permettent des transitions fluides dans votre mise en page.
  • Le point de vue inattendu : Montez sur une chaise, allongez-vous au sol ou photographiez à travers une vitre. Cela casse la routine visuelle de la hauteur d’homme.

Les bases de la photographie de reportage

Logistique et préparation : ne jamais être pris au dépourvu

Pour réaliser un reportage photo dans les conditions optimales, il convient de respecter des règles de bases et de s’équiper en conséquence. En fonction du type de reportage, il faut toujours préparer son intervention. D’autant plus si le reportage comporte des risques (guerre, manifestation, incident, …). Le meilleur photographe de reportage est celui qui n’est jamais pris au dépourvu même à l’autre bout du monde. Il convient également, lors d’un reportage professionnel de discuter des modalités avec le donneur d’ordre. Durée, nombre d’images, modalités de déplacement, histoire à couvrir, lieu d’intervention, gestion logistique sont autant de points à aborder avant d’accepter un reportage. Vous pouvez également demander la ligne directrice ou la ligne éditoriale du magazine ou du journal si vous ne le connaissez pas. Ces modalités conditionneront votre préparation au reportage et vous aideront à comprendre l’axe du sujet.

Ensuite, il est important de se renseigner sur les diverses techniques qui produiront le meilleur résultat le jour J. On ne photographie pas un mariage comme on couvre la production d’une entreprise. Le choix du matériel en découle donc logiquement et cela fait partie du métier de photo-reporter que de réfléchir aux conditions dans lesquelles il sera au moment de réaliser ses prises de vue. Ce matériel est aussi sensible aux conditions météorologiques auxquelles il est soumis. Protéger son matériel à Paris n’est pas essentiel mais ce le sera sans doute dans les zones froides ou celles exposées aux sables, à la poussière ou à l’humidité. Si vous parcourez le monde, il est donc essentiel de s’équiper pour parer à toutes les situations. Votre travail n’en sera que de meilleure qualité et cela permettra d’améliorer la durée de vie de vos équipements ainsi que la qualité des images que vous livrerez. Ayez également un plan de secours au cas où votre appareil vous lâche au milieu de l’action en optant pour un deuxième boîtier.

La matériel adapté

Optimiser son équipement pour l’instantanéité Le meilleur matériel est celui qui se fait oublier. Voici mes recommandations pour ne jamais rater l’instant :

  • Le choix des optiques : Si vous débutez, un zoom 24−70mm f/2.8 est le couteau suisse idéal. Pour les plus expérimentés, travailler avec deux boîtiers (un 35mm pour l’immersion et un 85mm pour les portraits discrets) permet de ne jamais perdre de temps à changer d’objectif.
  • L’autofocus : En reportage, utilisez l’autofocus continu (AF-C ou AI-Servo) avec la détection des visages ou de l’œil. Cela vous permet de vous concentrer sur le cadrage pendant que l’appareil gère la netteté des sujets en mouvement.
  • La gestion de la lumière : Évitez le flash direct qui écrase les ambiances. Privilégiez la montée en ISO ou l’utilisation de la lumière naturelle pour conserver l’authenticité de la scène.

Concrètement, comment un reportage photo se déroule ?

Nous parlions de la préparation à ne pas négliger lors du paragraphe précédent. Cela se traduit par l’établissement d’une feuille de route si vous devez voyager pour votre projet. Si le reportage photographique a lieu proche de chez vous, prévoyez d’arriver en avance par rapport à l’événement pour vos préparer sereinement. Vous pouvez également établir une liste des photos à prendre, qu’elles soient ou non demandées par le donneur d’ordre (entreprise, journal, agence d’information, particulier, etc.). Cela vous permettra exactement de savoir quel est votre objectif en cours d’événement. Avec les idées claires, vos prises de vues pourront alors être plus travaillées.

La posture du photographe : L’art de l’effacement

La qualité de vos photos dépend de votre capacité à vous faire oublier. Plus vous êtes intégré à l’environnement, plus les expressions seront naturelles.

  • L’approche humaine : Prenez le temps de discuter avec vos sujets avant de sortir l’appareil. Une fois la confiance établie, ils ne feront plus attention à votre objectif.
  • L’anticipation : Un bon reporter ne regarde pas l’action présente, il cherche où l’action va se déplacer. Observez les regards : si deux personnes se regardent, il va se passer quelque chose. Préparez votre cadre, attendez l’interaction, déclenchez.
 

Pendant les événements, faîtes attention à votre matériel. En effet lors de mouvement de foule ou de marches, pensez à protéger votre objectif des chocs. Veillez également à avoir un nombre suffisant de batteries chargées à plein et de cartes mémoires pour pouvoir en changer en cours de reportage. Si vous travaillez à l’argentique vérifiez que vous avez la quantité de film suffisante. La sensibilité du film est à vérifier si vous devez travailler de nuit et figer des mouvements. La gestion des différentes techniques de prise de vue est, elle aussi, essentielle pour un rendu satisfaisant et diversifié. Cela apportera du dynamisme à votre documentaire photo.

Maîtriser le flux de production : de la prise de vue au derushage

En post production, il convient de sélectionner les meilleures images, c’est à dire les plus parlantes. Dans le cas d’un reportage photographique professionnel réalisé pour un client, votre démarche doit être différente de celle entreprise dans votre art. Vous ne devez pas nécessairement recherchez les plus belles photos mais les plus descriptives et fidèles à l’événement couvert ou bien les plus représentatives du sujet. Cela vous obligera à faire des compromis avant de passer en post-traitement. Bien évidemment, l’idéal est de trouver des photos combinant votre approche de l’art photographique et celle du travail demandé.

Éditer pour raconter : Le « Derushage » Le secret d’un reportage puissant ne réside pas dans ce que vous montrez, mais dans ce que vous choisissez de supprimer.

  • Premier tri : Éliminez les doublons et les photos techniquement ratées. La cohérence colorimétrique : Appliquez un traitement homogène à toute votre série. Si une photo est en noir et blanc et la suivante en couleurs saturées, vous brisez le fil de l’histoire.
  • Le rythme : Alternez plans larges et plans serrés. Dans un article de blog, cela crée un dynamisme qui incite le lecteur à scroller jusqu’en bas.

La retouche narrative : sublimer l’émotion et la réalité

Concernant le travail de retouche, j’aime garder des images très fidèles à la réalité et me baser sur mon ressenti du moment pour accentuer un sentiment ou un aspect de l’image en particulier. Pour cette raison, je vous recommande de sélectionner et traiter les photos à chaud afin d’avoir ces émotions encore en tête. Cela fonctionne très bien dans la démarche documentaire. Pour une démarche d’entreprise ou d’art, la notion de durée entre la prise de vue et le traitement importe moins car le cahier des charges ou votre volonté sont plus précis.

Un des points clés lors de la retouche est d’appuyer sur des symboles, des couleurs, la lumière, ou des personnages pour pouvoir guider le spectateur tout au long de votre narration par l’image. C’est une partie du métier qui est particulière et c’est ce qui fait tout l’intérêt de la fonction de photographe documentaire. Le photojournalisme est le lien direct avec celui de la photographie documentaire car le but final est le même.

La date de rendu et donc la durée sur laquelle vous pourrez travailler sur le projet est à déterminer en amont avec le client dans les modalités du contrat.

Vous aurez donc compris à travers cet article que la réalisation d’un documentaire photo requiert beaucoup de compétences et un niveau de formation technique important en tant que professionnel. S’adapter aux lieux et faire les bons choix de prises de vues et de narration est essentiel pour obtenir un résultat satisfaisant pour votre client.

En tant qu’amateur les contraintes sont moindre. Si vous habitez une grande ville (Paris, Lyon, etc.) il est possible de couvrir des événements près de chez vous afin de réaliser des clichés pour le plaisir ou dans une démarche artistique.

Conclusion : le reportage, un voyage au cœur de l'humain et du réel

En définitive, la photographie de reportage est bien plus qu’une simple succession de clichés ; c’est un engagement profond envers un sujet et une volonté de transmettre une histoire sans artifice. Réussir un dossier documentaire demande une dualité constante : il faut être à la fois un technicien rigoureux, capable de maîtriser son équipement dans l’urgence, et un poète de l’instant, capable de déceler l’émotion dans un détail ou un regard.

Que vous soyez un professionnel au service d’une entreprise ou un amateur passionné par la vie urbaine de Paris ou d’ailleurs, le secret d’un reportage puissant réside dans votre préparation et votre capacité à vous faire oublier. En respectant une structure narrative variée et en soignant votre sélection finale, vous offrez au spectateur bien plus qu’une image : vous lui offrez un témoignage.

Le reportage photographique reste, encore aujourd’hui, l’un des moyens les plus puissants pour informer, émouvoir et préserver la mémoire de notre monde en mouvement.